L’autre femme

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Quadragénaire solitaire et obèse, Úrsula López vit dans le vieux centre de Montevideo. Un soir, un appel téléphonique d’un certain Germán lui réclame une rançon pour libérer… son mari

Découvrant son homonymie avec l’épouse d’un riche homme d’affaires récemment enlevé, Úrsula exige une plus forte rançon auprès de celle-ci qui, à son tour, surenchérit et veut la disparition définitive de son époux.

Frustrée, affamée depuis l’enfance par des régimes inopérants, Úrsula se met dès lors à manipuler tout un chacun avec un plaisir machiavélique. 

L’Autre Femme ?  Un roman noir aussi imprévisible que l’humour grinçant de son héroïne.

Mercedes Rosende

229 p.

Quidam Editeur

Mujer equivocada, 2015

Ma Note

Note : 4 sur 5.

Si l’on m’avait demandé de citer un ou une auteure uruguayenne avant de lire L’autre femme de Mercedes Rosende, j’aurais été bien incapable de le faire : je remercie les Éditions Quidam pour cette immersion dans cette partie de l’Amérique latine, plus exactement à Montevideo, la capitale uruguayenne, dont l’actualité, économique ou littéraire, est très peu relayée en France. Je suis d’autant plus heureuse que ce titre ait plus de retentissement ici, que Mercedes Rosende sera présente à la prochaine édition du Quai du PolarL’autre femme est le premier titre de la trilogie d’Ursula, dont je l’espère les deux autres titres seront publiés prochainement. 

Si ce récit est qualifié de roman noir par certains, j’aurais personnellement quelques réticences à le faire rentrer dans cette case un peu formelle et réductrice. Je serais plutôt d’avis que Mercedes Rosende donne une nouvelle dimension ou approfondit le genre, on se rapproche davantage d’une parodie de roman noir. À ce propos, au festival Quai du Polar, Mercedes Rosende participera à la conférence intitulée Rire noir, rire jaune mais rire toujours qui interroge le lien entre l’usage de l’ironie et du polar. Pour revenir au roman, la protagoniste principale Úrsula López, qui donne son prénom à la trilogie, mène la danse et donne le rythme de cette intrigue dont l’absurdité cynique nous régale : c’est une femme aux multiples talents, dont celui d’être une actrice à la petite semaine dans un reality-show vendu aux Américains, d’être traductrice littéraire et à l’occasion, époussette avec amour ses statuettes japonaises et cultive avec gourmandise son doux péché mignon qu’est le dulce de Leche. Mais ce qui la distingue, ce sont les kilos en trop, qu’elle traîne depuis des années et qui font de ses repas journaliers un combat de tous les instants, à travers la multitude de régimes possibles et imaginaires que tous les diététiciens d’Uruguay et d’Amérique ont mis au point. C’est une femme qui ne s’aime pas, coincée entre l’image peu reluisante qu’elle a d’elle-même et un passé qui ne cesse de la hanter. J’ai ressenti beaucoup de sympathie et de tendresse à l’égard d’Úrsula, Mercedes Rosende a choisi une héroïne qui, si on s’en tient à sa focalisation, n’avait rien pour le devenir, en tout cas selon les normes habituelles. Mais, justement, c’est un roman qui ne se contente pas des normes, il les franchit allègrement. La rencontre avec l’autre Úrsula López, son double, son homonyme, à travers son implication fortuite, et ubuesque, à ce crime sordide et prodigieusement raté donne une autre perspective, à notre première, et finalement seule et unique, Úrsula López.

Si j’évoquais précédemment mes réticences quant à l’appartenance du titre à une catégorie bien définie, c’est justement parce que le crime dont il est question est raté avec un tel panache, qu’il tient plus de la parodie de l’enlèvement que d’un crime véritable : deux bras cassés veulent se faire un peu d’argent, il est impossible de prendre au sérieux ce duo d’apprentis kidnappeurs, et dans la globalité, de prendre au sérieux l’ensemble de ces personnages qui se retrouvent mêlés à un crime sans queue ni tête. C’est justement ce qui donne ce petit gout savoureux au roman, outre l’exquise sensation de cette confiture de lait sur notre palais, la scène relève plutôt du comique de boulevard. L’auteure uruguayenne y démonte tous les ressorts dramatiques ou tragiques, ou plutôt faudrait-il dire que le drame ne se trouve pas vraiment là où on le croit. Cet enlèvement permet à Úrsula López de rencontrer son double, son antonyme exacte, son négatif ou positif, celle qui joue le rôle de révélateur de notre Úrsula López, celle qui apporte un autre éclairage sur le personnage.

L’autre femme est un roman kaléidoscope, qui déconstruit et construit les perceptions des personnages sur eux-mêmes et sur autrui, l’auteure joue habilement entre ces diverses visions subjectives, où les êtres sont finalement éclatés entre plusieurs visions et sont constamment dans un rôle : si la télé-réalité en est un exemple amplifié à l’extrême, la femme obèse qu’elle est dans son esprit devient pourtant une tout autre femme sur la scène du crime ou devant les yeux de son homonyme. Inutile de dire que j’ai été très sensible à ce trait narratif, qui trace les lignes d’un scénario, un peu improbable mais truculent, et cette réflexion sur le fond, sur cette question de la duplicité, que j’ai trouvé bien traitée et très pertinente. 

Je regarde autour de moi : dans cette enceinte il ne reste plus de lumières, juste des ombres, de ce théâtre, il ne subsiste que le décor. Il est plus de minuit, la voisine du 602 et ses amis reviennent d’un lieu quelconque et le vacarme reprend de plus belle. Impossible de se concentrer ou d’avoir une seule idée quand les voisins s’amusent ; le bruit consume les pensées et les enterre.

Il semblerait que les deux autres titres de la trilogie uruguayenne aient été traités sur le même ton – j’ai eu la curiosité de lire le résumé de El miserere de los cocodrilos, le titre qui prend la suite de L’autre femme au sein de la trilogie, et je serais très heureuse d’en lire la traduction. En attendant, je compte bien aller écouter Mercedes Rosende ainsi que l’auteur polonais Zygmunt Miłoszewski, dont j’apprécie les romans, et les auteurs français Christian Casoni et Sébastien Gendron à cette fameuse conférence dont je vous transmets le lien.

Le téléphone sonne. A presque minuit ? Dans cette maison, il ne sonne presque jamais. Encore moins à l’heure des vampires. Je le regarde, comme on regarde un insecte, un cafard, une araignée descendue du plafond et qui s’est posée sur le lit, juste sur l’oreiller.

– Bonjour.

– Ursula Lopez ?

La voix est étrange, métallique, déformée. Je suis parcourue d’un frisson qui se mêle à l’odeur de la soupe de légumes.

– Oui.

– Nous tenons votre mari.

Rien ne sort de ma gorge, pas un son. Mon mari ?

Quelle voix étrange.

– Nous tenons Santiago.

– Santiago?

– Oui, votre mari. Je vous attends dans une demi-heure, bar Los Tejos, à l’angle des rues Dieciocho et Ejido.

Silence à l’autre bout de la ligne.

– Allô ? Attendez…

Clic.

Nouveau silence.

Quel mari ?

Quidam Editeur, c’est aussi

P.r.o.t.o.c.o.l. L’acronyme est partout dans la ville mais personne ne sait quand il est apparu. Peut-être au lendemain d’une élection dont on n’attendait plus rien. Comme pour prédire un événement. Ou annoncer une catastrophe.

Dans les rues, sous l’œil des caméras de surveillance, en attendant on s’affaire. On bosse, on fait la manche, on marchande un peu de plaisir, on pédale, on traque, on nettoie, on tabasse, on recrute, on se planque, on pointe au chômage, on fraude, on insulte, on enterre ses morts. Car oui, on meurt aussi, même parmi les rats qui grouillent et fouissent à l’affût d’un peu de chair tendre.

Dans sa mosaïque de voix, P.r.o.t.o.c.o.l. dit une colère et l’indifférence, l’impuissance et la terreur qu’elle entraîne inexorablement lorsque les marges une à une se referment.

Sculpteur réputé, Virgile est exilé dans un village des Alpes de Haute-Provence. Traductrice, Laura est mariée à un danseur, qu’elle suit dans ses tournées aux Etats-Unis puis au Japon. Ils ne se connaissent pas, pourtant un secret les lie ainsi que deux territoires : la montagne de Lure et la vallée du Verdon avant la mise en eau du lac de Sainte-Croix.

Un jour enfin, ils se rencontrent. Mais pour quelle vérité ?

Dans des récits qui s’entrecroisent, la langue charnelle de Maïca Sanconie, en un subtil hommage à Giono, creuse jusqu’à l’intime deux êtres aussi proches que dissemblables.

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