Dix âmes, pas plus

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« Recherche professeur au bout du monde. » Lorsqu’elle voit passer cette annonce pour un poste d’enseignant dans le minuscule village de Skálar, Una, qui ne parvient pas à trouver un emploi stable à Reykjavík, croit saisir une chance d’échapper à la morosité de son quotidien.

Mais une fois sur place, la jeune femme se rend compte que rien dans sa vie passée ne l’a préparée à ce changement radical. Skálar n’est pas seulement l’un des villages les plus isolés d’Islande, il ne compte que dix habitants. Les seuls élèves dont Una a la charge sont deux petites filles de sept et neuf ans. Les villageois sont hostiles. Le temps maussade. Et, depuis la chambre grinçante du grenier de la vieille maison où elle vit, Una est convaincue d’entendre le son fantomatique d’une berceuse. Est-elle en train de perdre la tête ?

Quand survient un événement terrifiant : juste avant noël, une jeune fille du village est retrouvée assassinée. Il ne reste désormais plus que neuf habitants. Parmi lesquels, fatalement, le meurtrier.

Ragnar Jónasson

352 p.

Editions de la Martinière

Þorpið, 2018

Ma Note

Note : 3.5 sur 5.

Un autre de mes petits plaisirs, c’est la littérature policière, en particulier celle qui nous vient du nord : à chaque fois, c’est comme si les éléments du paysage, éthérés et grandioses, déteignaient sur les histoires, leur donnaient un attrait supplémentaire, et que je les percevais et ressentais à travers les romans que je lis. Du même auteur, Ragnar Jónasson, j’avais lu auparavant Snjór, dont j’étais ressortie mitigée. J’ai décidé de réitérer l’essai avec Dix âmes, pas plus, publié le quatorze janvier dernier par les Editions de La Martinière, le résumé me semblait très alléchant, il faut dire qu’il réunissait tous les éléments pour attirer une lectrice, avide de romans noirs, à l’occasion, comme moi. Ragnar Jónasson nous gratifie d’un bref avant-propos, où il s’explique sur ses influences – qui consistent en contes folkloriques, poèmes et berceuses islandais – et nous situe le village de Skálar sur la carte islandaise, au beau milieu de la lagune de Langane, au nord-ouest de l’île.

La quatrième de couverture évoque Skálar ce village perdu au bout de l’Islande, alors qu’à mes yeux, l’île entière en elle-même n’est pas loin d’incarner le bout du monde. C’est donc avec grande curiosité que je me suis interrogée sur cet endroit réputé isolé d’Islande. Ce qui distingue ce titre d’autres romans, c’est qu’il ne rentre pas dans la ligne classique du polar, le titre en est l’illustration, tout se déroule à l’intérieur de ce huis clôs constitué par ce minuscule village, sa dizaine d’occupants et délimité par ses vastes zones désertiques. Car, pour le coup, Una, la jeune femme, sur laquelle l’histoire est focalisée est une personne totalement quelconque, elle est même assez fade, rien ne la distingue particulièrement, si ce n’est cette impulsive envie de tout envoyer valser, et de se couper de la civilisation, pour aller s’isoler au milieu de nulle part et pour exercer la fonction d’enseignante auprès des deux seules élèves du cru.  

Ce qui contribue à l’attrait de ce roman, c’est cette ambiance irréelle de lieu abandonné, hanté par des spectres, dont on ne sait vraiment s’ils proviennent de l’imaginaire collectif ou des pages du passé, ces esprits inconnus, qui viennent s’immiscer dans la vie de Una. Tout est dans la suggestion, à demi-mots, en allusions, dans ces images et sensations furtives et évanescentes, de l’ampleur du vide et de la résonance du silence portés par l’abandon d’un village à moitié déserté. Et ces quelques traces d’un passé trouble, de l’antipathie et du mutisme des habitants qui ont bâti une frontière impalpable et invisible avec l’extérieur, et avec Una. Si l’environnement de Skálar est rude et hostile, ses autochtones ne le sont pas davantage, et c’est cette première glace que Una doit briser. C’est peu à peu que la lumière va faire jour, à travers le lever de rideau progressif sur les mystères qui entoure les lieux.

Se retournant discrètement, elle vit que Gunnar était lui aussi revenu pour bavarder avec Kolbeinn, pendant que les deux femmes discutaient. Leurs conversations se mélangèrent bientôt en un brouhaha apaisant, et Una se dit qu’elle était décidément toujours une étrangère dans ce village ou tout le monde se connaissait. Même Salka, pourtant arrivée récemment, avait des racines ici. En dehors de Thor, Una était la seule à n’avoir aucune attache, et chaque occasion le lui rappelait.

Ce roman mêle folklore islandais, une légère pointe de roman gothique et de polar : si assassinat il y a parmi les quelques individus qui composent la communauté de Skalar, il est davantage d’une question éminemment personnelle, des consciences qui se sont arrangées avec elles-mêmes et que de toute évidence Una est venue malencontreusement réveiller. J’ai été plutôt positivement surprise par ce récit qui délaisse les grosses ficelles du genre pour jouer sur un mystère dans lequel l’ambiance et le climat tiennent une place essentielle, en marge de tout. C’est un huis-clos à ciel ouvert, ma foi, réussi et qui se lit avec beaucoup de plaisir.

– J’ai aussi entendu des rumeurs intéressantes sur cette maison. Des histoires de fantômes…?

Une expression étrange se dessina sur le visage de Salka, et Una eut la sensation de se heurter à un tabou.

– Je n’en voulais pas t’en parler, balbutia la jeune femme. J’essaie d’éviter d’alimenter ces récits, particulièrement dans la mesure où… eh bien, ou tu habites les combles. Ils semblent surtout concerner cette partie de la maison. Tu as été témoin de quelque chose… d’inhabituel ?

– J’aurais dû l’être… ? demanda Una, sentant la peur la gagner.

Se raconter des histoires de fantômes pour rire était une chose, mais Salka semblait véritablement y croire.

– Çà dépend à qui tu demandes, Una.

– J’ai fait des cauchemars une nuit. Mais Kolbeinn venait de me raconter ces rumeurs.

– Foutu Kolbeinn, il ne sait pas la fermer ! répliqua Salka d’un ton vif.

– J’ai entendu, ou du moins j’ai cru entendre une petite fille chanter, réciter une comptine. Je me suis réveillée avec cette mélodie dans la tête, et pour tout t’avouer je ne faisais pas la fière. Çà me semblait si réel. Ce n’était sans doute qu’un mauvais tour de mon imagination.

Au large des côtes de l’Islande, l’île d’Ellidaey abrite la maison la plus isolée au monde. C’est sur cette terre sauvage que quatre amis ont choisi de fêter leurs retrouvailles. Mais, après la chute mortelle de l’un d’entre eux, la petite escapade tourne au drame.
L’inspectrice Hulda, quinze ans avant les événements survenus dans La Dame de Reykjavík, n’a qu’une ambition : découvrir la vérité. Pas du genre à compter ses heures, Hulda ne prendrait- elle pas l’affaire trop à cœur ? Elle n’a jamais connu son père et a toujours entretenu avec sa mère une relation en dents de scie. Une vie de famille tellement chaotique que son job semble la seule chose capable de la rattacher à la réalité… Mais sur l’île d’Ellidaey plane une atmosphère étouffante. Les fantômes du passé ressurgissent.

A Reykjavík, l’enquêtrice Hulda Hermansdóttir, la quarantaine, fuit sa famille dysfonctionnelle en se jetant à corps perdu dans le travail. Sa fille Dimma est en perpétuelle crise, et les relations avec son mari, Jo?n, se sont terriblement dégradées. A l’autre bout du pays, dans une ferme d’une vallée reculée de l’est de l’Islande, un couple est l’otage d’une terrible tempête de neige quand un homme vient frapper à leur porte et réclame l’asile pour la nuit. Son discours est décousu, son regard, indéchiffrable. Les rafales reprennent de plus belle, l’électricité est soudain coupée : le couple se retrouve coincé avec l’inconnu. Pour tous, à Reykjavík ou dans la vallée perdue, ces quelques jours avant Noël vont tout faire basculer. La famille de Hulda explose. Et dans la petite ferme, deux mois après les faits, on a retrouvé deux cadavres. Un double meurtre sur lequel Hulda va se jeter pour tenter d’oublier son chagrin et sa colère.

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