Le bal des cendres

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Lior, Thomas, Sevda, Anton, Ethel et bien d’autres sont venus en vacances à Stromboli, à l’hôtel Strongyle, dans l’intimité d’un lieu paradisiaque géré par un Français, Guillaume, et sa fille adolescente, Giulia. Le volcan, menaçant et imposant, n’est pas seulement dans la montagne. Il est en chacun d’entre nous. Et lorsqu’il gronde et que la vie ne tient plus qu’à un fil, que les secrets les plus sombres remontent à la surface, les actes, seuls, demeurent. Et si le personnage principal de ce roman n’était autre que Stromboli, cette île éolienne, face à la Sicile, âpre, rude, aux plages noires, et si lumineuse ? Cet été de tous les dangers sera le prix à payer pour se libérer enfin.

Gilles Paris

289 p.

Plon

Ma Note

Note : 4 sur 5.

L’eau, le feu, la terre, Iddu maîtrisait tous les éléments et tenait ses habitants dans l’œil de son cyclone.

J’ai eu la chance de gagner ce roman à un concours organisé par Babelio et les éditions Plon. Excellente occasions de découvrir Gilles Paris, et surtout Stromboli ainsi que son célèbre volcan, qui est tout sauf endormi. L’île fait partie de ces îles éoliennes situées au nord de la grande Sicile. Le volcan, quant à lui, est en éruption quasi-continue, il fait partie des plus actifs d’Europe. Avec ce titre délicieusement métaphorique, c’est un roman qui met en son cœur ce volcan, comme les habitants de l’île, les Strombolani, il le personnalise, il occupe la place d’un réel personnage dans l’histoire. Il est son point de gravité, il nourrit les passions, les consume pour beaucoup d’entre elles. Gilles Paris a choisi l’hôtel Strongyl, entièrement fictif, comme chassé-croisé des protagonistes de son histoire.

Plusieurs histoires se chevauchent, plusieurs destinées contrariées, abîmées, aux plaies cautérisées. La toute première celle de Guillaume de la Salle et de sa fille, Giulia, dont la mère est morte à sa naissance, tenanciers de l’unique hôtel de l’île. Mais aussi celle de Lior, qui revient sur la terre de son enfance, de Sevda et d’Anton, de la comtesse Elena di Marzo et de son infirmière Irina, de Tom, de sa famille et de Gris, de Thomas et du fantôme d’Emilio, d’Abigale et de son amant Eytan, de Mathéo, l’ami de Guillaume. C’est ce petit monde très différent, qui ne se connaît pas forcément, mais qui évolue ensemble autour du maître des lieux, le Struognoli, l’un des surnoms siciliens du volcan. Des anciens militaires, une comtesse, une famille, une femme illégitime et son amant, un journaliste, c’est une véritable micro-société version XXIe siècle d’Agatha Christie que nous a concocté là Gilles Paris, empêtrée dans une île, ses secrets et leurs secrets, une île où les dangers ne se résument pas forcément à la figure titanesque du volcan.

On apprend lentement à les connaître ces personnages, à travers un récit très bien monté façon chorale, qui préserve le suspens, car effectivement, chacun d’entre eux détient jalousement sa propre énigme, traîne un passé qui a tout du boulet encombrant, qui fait peser son poids à chaque foulée. Qu’en est-il de la mère de Giulia dont il ne reste absolument aucune photo et dont son père refuse de parler, noyé dans un alcoolisme notoire ? Qui est vraiment ce Gris qui accompagne Tom ? Pourquoi la Comtesse est-elle obsédée par le souvenir de son mari mort accidentellement ? Comment Emilio parti nager en mer a-t-il pu mourir ? Comment Abigale supporte-t-elle de ne voir son amant qu’une quinzaine de jours par an ? Les personnages vont se révéler dans l’atmosphère menaçante et étouffante de l’île qui porte le bouillonnement perpétuel de son volcan. Chi va piano va sano (e va lontano) dit-on outre-alpes, et l’auteur a effectivement trouvé le bon tempo aux bons moments à ce récit qui contient lui aussi ses surprises : des deux retournements de situation, si l’un était peut-être un peu attendu, l’autre l’était moins et donne un coup de gong bien sonnant. Après quelques lectures de romans policiers au compteur, je dois dire que je me fais de moins en moins surprendre comme beaucoup de lectrices et lecteurs du genre, Gilles Paris a réussi son coup pourtant.

J’en parle depuis le début : le volcan, Eccui , lui en sicilien, est essentiel évidemment. Par ce qu’il représente, la violence destructrice du feu qui rend la vie sur l’île encore plus fragile, la menace qui plane constamment et qui donne à l’île tout son caractère, cette noirceur du sol. Sa portée métaphorique, justement, la lavée figée relative à toutes ces vies qui pédalent dans la semoule, pris en otage de leurs secrets, la colère que chacun couve en eux, jaillit brusquement. Cette supériorité absolue de la nature, l’arrogance altière du volcan, l’infinité orgueilleuse de la mer, ce duo de l’immense-l’infini est aussi ce qui rend ce roman si attractif et contribue à la réussite de ce roman. Le bal des cendres, celles du passé, les cendres des morts qui constituent les seconds rôles du roman, passées ou à venir, des souvenirs effacés par le bonheur retrouvé, celui de cette capacité nouvelle à tourner la page, de laisser derrière soi, les coulées de lave figées à jamais dans le temps et l’espace.

Assis en tailleur, nous observons le volcan s’activer, conscients de notre chance. Ce n’est pas tous les soirs que ses bouches exultent ensemble, un concert de flammes en furie, dirigé par un chef d’orchestre qui tarde à surgir du feu. Le vent éolien souffle fort sur les braise et les attise, tandis que le grondement enfle, pareil à un essaim d’abeilles à nos oreilles. Le centre des flammes est presque blanc un court instant, avant de passer à l’orange, puis au rouge, projetant la lave surgie du feu comme des papillons incandescents qui redescendent au sol, avant de s’évanouir aussitôt.

Le synopsis très alléchant de ce roman a été à la hauteur de mes attentes, avec une ultime scène, un ultime rebondissement, ardente et purificatrice, qui donne un nouvel élan de vie aux personnages. J’ai aimé toute la symbolique du titre, de ce dieu Volcan, son feu divin au sein d’un archipel qui ne l’est pas moins, tour à tour admiré, craint et vénéré par tous ceux qui s’y approchent. Gilles Paris est parvenu à restituer toute la grandeur dont il est empreint et qui touche jusqu’au lecteur. Et se rappeler à juste titre que la nature n’est ni ennemie, ni amie, mais en tous les cas, bien supérieure à nous.

Tant de chaleur à cette heure matinale m’écrase au fond de la barque. Mes jambes s’écartent, mes pieds cherchent un appui. Le ciel est un miroir où Emilio ne se reflète plus. Je dois cesser d’épouser son ombre, et tomber amoureux comme on se jetterait dans le vide sans craindre la mort. Chuter de tout son poids dans un regard qui saurait me rattraper avant de toucher terre. Guilia sait tout cela. Au phare de Strombolicchio, nous en parlons simplement. Cette adolescente est intelligente et aussi sensible que moi. Elle n’a pas connu sa mère, toutes les preuves de son existence semblent s’être volatilisées. Comme Emilio, son esprit a disparu, même s’il gît dorénavant sous une pierre scellée, au Père-Lachaise, à Paris. Je connais le Strongyle depuis une vingtaine d’années. Le bien-nommé. La ronde d’après son étymologie grecque. C’est ainsi qu’on appelait Stromboli autrefois. Nous y séjournions avant de nous rendre à Naples et de rejoindre la côte amalfitaine où Emilio possédait une petite maison à Ravello. Un dégât des eaux nous a fait dériver jusqu’à Stromboli. Les propriétaires de cet hôtel, de vieux Siciliens, nous observaient sous leurs cils immobiles, impassibles, comme si nos mains jointes ne signifiaient rien d’autre, pour eux, qu’une prière. Emilio et moi regardions la parade des bateaux blancs, tout en bas, pas plus grands que des galets de quartz. L’immensité de ce bleu, la beauté du diable qui s’est laissé séduire par Emilio, son corps magnifique qui effleurait à peine la surface. Emilio nageait des heures sans la moindre fatigue. Ou es-tu maintenant ? Charon, fils des ténèbres, t’a-t-il pris sur sa barque ?

Pour aller plus loin avec Gilles Paris

Après le best-seller Autobiographie d’une Courgette, le nouveau roman de Gilles Paris met en scène Marnie, une adolescente effrontée, sa mère Rose et sa grand-mère Olivia, trois femmes au fort caractère. Un jeu de dupes où les masques tombent les uns après les autres. Et si une seule personne détenait tous les secrets d’une famille sans le laisser paraitre ?

Sur une île sauvage et désertée, Marnie, adolescente effrontée et fragile, vit au-dessus des falaises au cœur d’une imposante maison de verre et d’acier avec sa mère Rose et sa grand-mère Olivia, qui règne sur la famille et sur l’île tout entière.
Des plaines aux herbes hautes, des sentiers au bord de mer, la nature se révèle aussi cruelle que les mystères trop longtemps ensevelis.
Et si une seule personne détenait tous les secrets de cette famille et s’en libérait enfin ?

« J’ai deux mamans et un papa qui ne veut pas grandir. » Ainsi commence l’histoire de Victor, qui vient d’arriver dans la villégiature familiale du Cap-Martin. Cet été caniculaire s’annonce sous le signe de l’étrange avec une invasion de lucioles, des pluies sèches et des orages aussi soudains que violents. Du haut de ses neuf ans, Victor a quelques certitudes. C’est parce que François n’ouvre pas son courrier qui s’amoncelle dans un placard que ses parents ne vivent plus ensemble. C’est parce que Claire et Pilar adorent regarder des mélos tout en mangeant du pop-corn qu’elles sont heureuses ensemble. Et c’est parce que les adultes n’aiment pas descendre les poubelles au local peint en vert qu’il a rencontré son meilleur ami Gaspard. Pourtant, de nombreuses questions restent sans réponse. Pourquoi François refuse-t-il de grandir ? Pourquoi Alicia, son aînée, fugue-t-elle sans arrêt ? Qui était Félicité, la sœur de son père dont on ne parle jamais ? Sur l’étroit chemin des douaniers qui surplombe la côte et relie Cap-Martin à Monaco, Victor rencontrera deux jumeaux, Tom et Nathan, qui lui ouvriront les portes d’un monde imaginaire et feront émerger des secrets de famille trop longtemps ensevelis.

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