Poussière dans le vent

#blog-littéraire #chronique-littéraire #leonardo-padura #poussière-dans-le-vent #littérature-cubaine #editions-métailié

#Poussièredanslevent #NetGalleyFrance

Ils ont vingt ans. Elle arrive de New York, il vient de Cuba, ils s’aiment. Il lui montre une photo de groupe prise en 1990 dans le jardin de sa mère. Intriguée, elle va chercher à en savoir plus sur ces jeunes gens.

Ils étaient huit amis soudés depuis la fin du lycée. Les transformations du monde et leurs conséquences sur la vie à Cuba vont les affecter. Des grandes espérances jusqu’aux pénuries de la « Période spéciale » des années 90, après la chute du bloc soviétique, et à la dispersion dans l’exil à travers le monde. Certains vont disparaître, certains vont rester, certains vont partir.

Des personnages magnifiques, subtils et attachants, soumis au suspense permanent qu’est la vie à Cuba et aux péripéties universelles des amitiés, des amours et des trahisons.

Leonardo Padura

640 p.

Editions Métailié

Como polvo en el viento, 2020

Ma Note

Note : 3.5 sur 5.

Les éditions Métailié ont publié quatre titres à l’occasion de cette rentrée littéraire, un roman atypique qui nous vient d’Islande, un deuxième allemand à tendance historique, un espagnol et ce dernier titre cubain : des identités différentes, aux antipodes les unes des autres, le feu et la glace. J’ai d’abord choisi de lire la voix caribéenne du cubain Leonardo Padura. S’il s’est effectivement fait naturalisé espagnol en 2011, l’homme est retourné vivre à Cuba, même s’il n’est pas vraiment en queue du peloton pour faire des reproches à son île et ses dirigeants.

Poussière dans le vent, le dernier roman de l’auteur, ne compte « que » six cents pages pourtant son épaisseur effective c’est celle de sa narration qui repose sur ce clan, cette bande d’amis d’un quartier de La Havane, unit autour des moments festifs qu’ils s’accordent, qui finit par éclater lorsque la plupart de ses membres va s’épandre aux quatre coins de la planète. Evidemment l’auteur n’aurait pu composer six cents pages d’amitiés et d’amours entrecroisés, de portraits plus vrais que nature, sans les parts d’ombre qui s’y rapportent, forcément : ces voiles jetés sur des pans de passé qu’ils croyaient fermement oubliés mais qui finissent par se manifester au moment ou ils s’attendent le moins. Ce défilé de portraits, ceux de Clara, Dario, Horacio, Elisa, Irving, Bernado, Walter – de femmes et d’hommes réunis par par cette destinée tyrannique incarnée en lieu de naissance, cette prison aux embruns paradisiaques qu’est Cuba, s’instaure comme un échantillon composite de la population insulaire.

Si ces personnages se laissent découvrir avec avidité et appétence, toujours avec cette mystérieuse île caribéenne en arrière-plan, comme s’ils étaient indissociables du caractère de leur lieu de vie, qui tient plus d’une geôle, que d’un lieu de vie réellement choisi. Ils sont chacun d’entre eux le reflet, lumineux ou sombre, de leur pays, que visiblement Leonardo Padura aime autant qu’il craint. Il n’est en effet jamais avare de critiques entre deux épisodes narratifs, ou descriptifs, et l’une de ses volontés, visiblement, est de tenter de faire cerner à son lecteur, la nature même de Cuba. C’est un exercice compliqué auquel il s’attelle, et il avoue bien volontiers l’ampleur de la tâche qu’il s’est attribué, Cuba semblant être une entité que seuls les siens sont en mesure de cerner et de comprendre. Chacun des personnages entretient un rapport très fort avec son île, un rejet net et précis, répulsif de par l’indigence – physique et intellectuelle – qu’elle fait naître, mélancolique ou incassable pour ceux qui ne souhaitent pas se sortir de son attraction. À mon sens, il est question d’un magnétisme qui s’exerce à travers une attraction diffuse dont même ceux qui n’y ont jamais mis les pieds en sont l’objet. Chacun a son rapport tout à fait personnel, et unique à Cuba, les uns qui se sont empressés de fuir, ceux qui y reviennent, ceux qui l’occultent : il semblerait bien que l’île caribéenne échappe à toute tentative de caractérisation, Cuba est insaisissable et définitivement inaccessible à ceux qui n’y sont pas nés.

Grâce à cette capacité bien cubaine à défendre férocement son essence propre, l’adolescente devint presque militante d’une religion sans dieu, qui avait en revanche un apôtre appelé Joseph comme le patriarche biblique : José Marti, poète prophétique qui plus est. La jeune fille parvenait à comprendre et à admirer le credo d’Anisley et des siens : continuer à être ce qu’ils avaient été et refuser de cesser de l’être. Mais Adela sentait que, s’il lui était possible de les comprendre, jamais elle ne parviendrait à être comme eux : elle avait quelque chose en moins ou en trop pour être ce qu’ils étaient et voulaient continuer à être.

La découverte et divulgation des secrets tiennent la narration de bout en bout, et dans sa globalité, je me suis immiscée de bon gré au milieu de ces péripéties existentielles de ce groupe de jeunes gens un peu irresponsables, tous à la folie de l’insouciance de leur jeunesse, qui deviennent peu à peu des adultes murs et responsables, aux disputes, ruptures et disparitions diverses qui ont émaillé ce groupe : les séparations amicales ou amoureuses, les retrouvailles, les interrogations sur leur vie de Cubain, déraciné ou non, accompagnées de la musique du groupe américain Kansas Dust in the wind, Poussière dans le vent, donc. Un peu comme cette île, mirage d’espoirs, qui finiront déçus, d’avenirs sans issue, qui se désintègrent sous le sceau de la réalité acérée et illusoire. Leonardo Padura n’en finit jamais de mettre en garde contre les dangers de cette tentation de vie sous le soleil cubain.

Tenter de saisir l’identité de Cubain, et des Cubains, est ainsi une chose bien difficile et Leonardo Padura est un excellent guide, grâce les pistes qu’il met à notre disposition par les biais de ses différents personnages. Si chacun se débat avec sa propre vie, ses choix parfois précipités, ses problèmes, la plupart des personnages se débattent d’abord avec leur vie d’exilé cubain : et c’est un exil particulier, puisque les lois du pays leur interdisaient de revenir. Comment concilier sa condition d’exilé en Espagne, en France, au Salvador, aux États-Unis, avec sa nationalité, qui les ramène toujours au pays d’une manière ou d’une autre, quand même la chaleur vous semble différente d’un hémisphère à l’autre. C’est un roman qui ouvre la voie à une multitude de pistes de réflexion que nous offre sur son pays, qui peut nous sembler si paradisiaque, mais se révèle être à travers les mots de l’auteur, un mystère inaccessible.

L’enfermement physique et mental auquel ils étaient soumis, sans en avoir vraiment conscience (sauf Elisa, la British), leur faisait voir le monde extérieur comme une carte divisée entre deux couleurs antagoniques : les pays socialistes (les gentils) et les pays capitalistes (les méchants). Dans les pays socialistes (ou il était en plus possible de se rendre) on construisait avec ardeur l’avenir radieux (même si pas très joli, disait Irving) d’égalité et de démocratie juste, régie par la dictature du prolétariat confiée à l’avant-garde politique du Parti durant la phase de construction du communiste dont l’avènement constituerait le point culminant de l’Histoire, le bonheur de l’humanité. Dans les Etats capitalistes décadents prédominaient le vol et la discrimination, l’exploitation de l’homme par l’homme, la violence et le racisme, l’hypocrite démocratie bourgeoise, des guerres comme celle du Vietnam y étaient générées, il se produisait des scandales comme celui du Watergate, il s’instaurait des dictatures sanguinaires comme au Chili, même s’ils devaient bien reconnaître que c’était de là que venait la musique qu’ils aimaient écouter, les vêtements qu’ils préféraient porter et même la majorité de ces livres qu’ils adoraient lire (comme le soutenait Bernardo).

Pendant ce temps, ils assumaient l’avenir individuel et collectif comme une réalité vague mais garantie : s’ils étaient bons, ou, mieux, s’ils étaient les meilleurs, ils seraient récompensés de leurs efforts et de leurs sacrifices par une existence de plein épanouissement personnel, social, spirituel (affirmaient Dario et Liuba). Ils profiteraient d’un pays ou l’on vivrait dans une plénitude de plus en plus complète, car les objectifs de développements et de prospérité, mis à part quelques exceptions (souvent imputables à l’action de l’ennemi, disait Fabio), étaient largement dépassés, tous les jours, toutes les semaines, touts les mois, tous les ans, tous les quinquennats, comme le répétaient sans cesse les discours intégralement et scrupuleusement publiés dans les journaux avant d’être étudiés durant les heures de classe consacrées à l’approfondissement idéologique. Et pour cela chacun d’entre eux se consacrait corps et âme (comme l’exemplaire Dario) à ce mouvement qui supposait l’engagement inconditionnel et l’acceptation sans réserve de toutes les restrictions, sacrifices, missions. Et ils rêvaient, ils rêvaient, ils rêvaient… parce qu’ils y croyaient.

La rentrée littéraire des Editions Métailié, c’est aussi

Hans Blær est né hermaphrodite, sa mère a refusé une opération immédiate, et iel s’est choisi le seul prénom épicène de la langue islandaise.

Très jeune, iel a compris que les adultes n’avaient pas le monopole de la définition de la moralité. Et, un jour, iel s’est retrouvé derrière un écran et a su qu’iel pouvait dire tout et son contraire, être ellui et tous les autres en même temps. Et puis, Hans Blær est devenu célèbre, sur Internet, à la radio, à la télé : un freak en croisade contre les gauchos et la bien-pensance, un kamikaze ultra cultivé prêt à brûler tout à son passage, un troll, jusqu’au jour où iel fera le pas de trop et devra fuir la police, le public, la presse – la lie et la pègre…

1943, dans un palace à Berlin. Poussés par le rationnement et les bombardements, tout ce que la ville compte de diplomates, de généraux, d’hommes d’affaires ou de héros de retour du champ de bataille se retrouvent dans ce lieu au luxe suranné, comme dans un ultime refuge. Plus personne ne croit à la victoire. Au milieu de tous ces hommes brillent Tilli, une femme facile mais désargentée, et Lisa Dorn, égérie du Führer pour qui la foule envahit encore chaque soir le théâtre.

C’est elle que va rencontrer Martin Richter, l’étudiant révolté, le téméraire opposant au régime, poursuivi par la Gestapo. Guidée par lui, elle va ouvrir les yeux sur la réalité et la barbarie du nazisme. Osera-t-elle l’aider dans sa fuite et sa folle aventure ?

Tandis que les bombes font vaciller les vieux murs, l’étau se resserre autour des protagonistes, en ce lieu où chacun règle ses comptes et s’apprête à acquitter le prix des exactions commises pendant la guerre.

Roman d’anticipation, le livre raconte avec un réalisme surprenant ce que personne en Allemagne n’aurait osé imaginer en 1943.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :